Le Gabon reprend la main sur son or : la révolution minière voulue par le gouvernement
Le Gabon reprend le contrôle de son secteur minier
LIBREVILLE, 07 septembre 2026 (PRESSE 241)-Longtemps considéré comme une simple ressource à extraire et à exporter, l’or gabonais entre dans une nouvelle ère. Sous l’impulsion du gouvernement, la filière aurifère change de modèle : plus de contrôle, plus de transformation locale, plus de transparence et une ambition assumée de souveraineté économique. À Nkok, l’État pose les bases d’une stratégie destinée à faire des matières premières un véritable patrimoine national.
Le signal politique est fort. Le Gabon ne veut plus être un simple fournisseur de matières premières sur les marchés internationaux. À travers la réforme de la filière aurifère annoncée par le ministre des Mines et des Ressources géologiques, Sosthène Nguema Nguema, le gouvernement engage une transformation profonde de la manière dont le pays exploite, sécurise et valorise son or.
Lors de sa visite de travail à la Raffinerie gabonaise de l’or (RGO), à Nkok, le membre du gouvernement a présenté une vision claire : faire de l’or gabonais une richesse maîtrisée de la mine jusqu’aux marchés financiers.
Une orientation qui s’inscrit dans la volonté affichée par les autorités de renforcer la souveraineté économique du pays et de mettre fin à un modèle où les ressources nationales étaient principalement exportées sans transformation suffisante.
Un État qui reprend le contrôle de sa richesse minière
La première étape de cette nouvelle politique aura été celle de l’assainissement du secteur. Après la suspension temporaire des activités d’exploitation aurifère à petite échelle, le ministère des Mines a engagé un vaste audit des opérateurs présents sur le terrain.
Cette opération de contrôle a permis de dresser un état des lieux précis de la filière et d’identifier plusieurs dysfonctionnements.
« Toutes les sociétés qui font dans l’or sont passées », a expliqué Sosthène Nguema Nguema, rappelant que cette démarche visait à instaurer un cadre plus rigoureux et plus responsable.
À travers cette action, le gouvernement affirme sa volonté de remettre de l’ordre dans un secteur stratégique, de lutter contre les pratiques irrégulières et de garantir une exploitation conforme aux intérêts du pays.
La transformation locale, nouveau pilier de la politique minière
Au cœur de cette nouvelle stratégie figure la Raffinerie gabonaise de l’or de Nkok. Pour l’exécutif, cette infrastructure constitue désormais un outil majeur de souveraineté. Le choix est assumé : l’or produit au Gabon devra être transformé au Gabon
« Pourquoi on ne transforme pas l’or ici, alors que nous avons une usine prête ? », a interrogé le ministre, mettant en avant la nécessité de rompre avec l’ancien modèle d’exportation brute.
La prochaine interdiction de l’exportation de l’or non raffiné constitue ainsi une décision politique majeure. Elle vise à garantir que la valeur ajoutée liée à la transformation reste davantage sur le territoire national.
Derrière cette mesure, l’objectif est double : mieux contrôler la production nationale et augmenter les retombées économiques pour le Gabon.
La traçabilité, arme contre les circuits opaques
La réforme engagée repose également sur un principe essentiel : connaître l’origine de chaque gramme d’or produit.
Grâce à un système d’identification numérique, chaque lingot issu de la raffinerie sera traçable. Un QR code permettra de retracer son parcours, depuis le permis d’exploitation jusqu’à sa destination finale.
Cette innovation doit permettre de sécuriser la chaîne aurifère, de renforcer la transparence et de donner davantage de crédibilité à l’or gabonais sur les marchés internationaux.
Le gouvernement veut ainsi tourner la page des circuits informels et imposer une gouvernance moderne de la ressource.
La SEM, bras opérationnel de la nouvelle ambition minière
Dans cette nouvelle architecture, la Société équatoriale des mines (SEM) occupe une place stratégique.
Après un audit favorable, l’entreprise publique a été autorisée à reprendre ses activités et a obtenu de nouveaux cadres d’exploitation, notamment à Mboumba.
La signature de trois conventions d’exploitation confirme la volonté de l’État de s’appuyer sur des opérateurs nationaux capables de participer pleinement à la valorisation des ressources minières.
À travers la SEM, le gouvernement entend également renforcer la présence publique dans un secteur considéré comme stratégique pour l’avenir économique du pays.
L’or comme réserve stratégique : une nouvelle ambition financière
La réforme ne s’arrête pas à la production et à la transformation. Le gouvernement souhaite également replacer l’or au cœur de la stratégie financière nationale.
Une partie de l’or raffiné pourrait désormais être stockée auprès de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), selon des standards reconnus.
Cette décision traduit une ambition claire : faire de l’or non seulement une matière première exportée, mais aussi un actif stratégique capable de renforcer la solidité financière du pays.
Après plusieurs années sans constitution significative de réserves, le Gabon veut renouer avec une approche patrimoniale de ses ressources.
Le temps de la souveraineté minière
À travers cette réforme, le gouvernement affiche une nouvelle doctrine : les ressources naturelles du Gabon doivent davantage servir le développement national.
L’or, comme les autres matières premières du pays, ne doit plus être perçu uniquement comme une richesse extraite du sol, mais comme un levier de transformation économique.
La stratégie portée par les autorités repose désormais sur une chaîne complète : produire, contrôler, transformer, certifier, conserver et valoriser.
À Nkok, le Gabon pose donc les fondations d’une nouvelle politique minière. Une politique qui ambitionne de faire passer le pays du statut d’exportateur de ressources à celui d’acteur capable de maîtriser pleinement ses richesses.
Avec cette réforme, l’or gabonais change de statut : d’une ressource brute, il devient un instrument de souveraineté nationale.



